Conseillers en francisation Soutien aux entreprise

L’économie d’un Etat ouvrier en transition vers le socialisme (Décembre 2011)

Le Bolchévik nº 198 Décembre 2011
Cette présentation a été donnée le 6 août 2005 par Joseph Seymour, membre du comité central de la Spartacist League/U.S., devant les membres du groupe de jeunesse de la SL, le Spartacist Youth Club (SYC), à Oakland en Californie. Elle a été revue et légèrement augmentée, en collaboration avec le camarade Seymour, pour publication dans Workers Vanguard (n° 989, 28 octobre).
Les pionniers du mouvement socialiste d’avant Marx avaient un objectif fondamental, l’égalité économique ; ils considéraient qu’on pouvait l’obtenir immédiatement et en même temps que c’était le but final désiré. En d’autres termes, ils ne concevaient nullement un niveau de développement économique supérieur, que rendrait possible le renversement révolutionnaire du capitalisme. La Conjuration des Egaux a été la première organisation révolutionnaire communiste. Elle avait vu le jour dans la dernière phase de la Révolution française de la fin du XVIIIe siècle. Elle avait pour programme le communisme de consommation et de distribution. Le gouvernement révolutionnaire devait fournir aux familles nombreuses des logements plus spacieux et, proportionnellement, davantage de nourriture, de vêtements et autres produits de première nécessité.
Une des plus importantes contributions théoriques de Marx a été de changer la perspective du mouvement socialiste en la faisant passer de l’égalité dans le domaine de la consommation à l’élimination complète de la pénurie économique grâce à une élévation progressive du niveau des forces productives. Evidemment, dans une société sans classes, une société communiste, tout le monde pourra avoir équitablement accès aux biens de consommation. Mais il y aura certainement une énorme diversité des modes de vie individuels, auxquels correspondront différents niveaux d’utilisation individuelle de ces biens.
Si je commence ma présentation là-dessus, c’est que nous sommes dans une large mesure rejetés dans l’univers intellectuel du jeune Marx. Si vous faites un sondage parmi 100 étudiants et que vous leur demandez ce que le socialisme signifie pour eux, ils diront en grande majorité que c’est une question d’égalité économique. Ils vous diront que cela veut dire que tout le monde a plus ou moins le même niveau de vie. Rares seront ceux qui répondront que le socialisme a pour objectif d’élever le niveau de production et la productivité du travail à un niveau tel que la répartition des biens de consommation entre les individus ne provoquera plus de conflit social et ne sera même plus une préoccupation sociale.
Mais c’est notre but ultime. Pour l’atteindre, toute une période historique relativement longue sera malheureusement nécessaire une fois que la classe capitaliste aura été expropriée par la révolution socialiste prolétarienne. Dans cette société-là en transition vers le socialisme, la pénurie économique – et donc certaines formes d’inégalité économique – continuera d’exister. Lorsque vous y réfléchissez, c’est forcément vrai au niveau international. Cela prendra des générations au sein d’une économie socialiste planifiée internationalement pour faire en sorte que le niveau de vie des populations de la Chine, de l’Inde et d’autres pays d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique atteigne celui de ce qu’on appelle les pays industrialisés.
Mais même dans un Etat ouvrier d’une zone économiquement avancée comme en Amérique du Nord ou en Europe, l’inégalité économique persisterait sous certaines formes. Marx en parlait dans sa Critique du programme de Gotha (1875). Les gens auraient encore à passer beaucoup de temps et d’énergie à faire ce que Marx appelait un travail aliéné, c’est-à-dire faire un travail qu’ils ne feraient pas s’ils n’étaient pas payés pour. Certains emplois sont physiquement plus durs, plus salissants, plus ennuyeux, plus désagréables ou, dans certains cas, plus dangereux que d’autres. Ainsi, les mineurs de charbon et les ouvriers du bâtiment seraient mieux payés que les informaticiens qui travaillent dans des bureaux confortables. Des travailleurs possédant des qualifications économiquement utiles obtenues grâce à un long apprentissage, comme par exemple des pilotes d’avion, seraient mieux payés que le personnel de bord et les bagagistes. Ce sont juste les frais généraux de ce que Marx appelait la première phase de la société communiste.
Il y a une autre source importante d’inégalité économique dans la première phase après la révolution prolétarienne. Un objectif essentiel, et un aspect fondamental, d’une société communiste aboutie est de remplacer la famille nucléaire par des institutions collectives pour l’éducation et la garde des enfants par la société. Mais cette transformation, la plus fondamentale de toutes, nécessitera là encore le travail de plusieurs générations. Pendant toute une période historique, la famille demeurera l’unité sociale de base et donc l’unité économique et financière de base.
Prenez par exemple deux familles qui ont toutes deux un revenu annuel de 70 000 dollars. La première a un enfant et la seconde a trois enfants. La première famille a un niveau de vie un peu plus élevé. La différence ne sera jamais aussi grande que sous le capitalisme. Les soins médicaux seront gratuits. Le logement sera bon marché. L’enseignement sera gratuit et de qualité, de la crèche jusqu’à l’université et au-delà. Mais le revenu ne sera pas simplement proportionnel à la taille de la famille. Encore une fois, Marx mentionnait ceci dans sa Critique du programme de Gotha.
La planification économique par la démocratie ouvrière
Eliminer l’inégalité économique sous toutes ses formes exige que l’on éradique la pénurie économique en élevant progressivement le niveau de production. Pour y parvenir, il faudra prélever une partie de la production sociale totale et l’investir pour développer l’appareil de production avec la technologie la plus moderne.
Mais nous avons là une contradiction. Plus l’Etat ouvrier dépense de ressources à construire de nouvelles usines, à moderniser les usines actuelles, développer et moderniser les infrastructures (c’est-à-dire les réseaux électriques, les systèmes d’adduction d’eau, les autoroutes et les voies ferrées), moins il pourra dépenser pour la consommation familiale et individuelle. Donc il devra faire un choix entre augmenter légèrement le niveau de consommation à court terme et augmenter fortement le niveau de consommation à long terme.
En l’absence d’une révolution socialiste internationale dans les pays capitalistes avancés, ce choix serait particulièrement douloureux et source de conflits au sein d’un Etat ouvrier économiquement arriéré et nationalement isolé. Mais même dans un futur Etat ouvrier aux Etats-Unis ou en Europe occidentale, doté de ressources bien plus importantes, la répartition entre consommation et investissement resterait une question politique épineuse qui risque de polariser de façon importante la classe ouvrière. « Je veux avoir tout ce que je peux et tout de suite, mon pote, pas dans dix ou vingt ans. Qui sait si je serai en vie à ce moment-là. » Vous allez entendre ce genre d’arguments.
Pour que les organes démocratiques du gouvernement ouvrier puissent prendre des décisions rationnelles en ce qui concerne la répartition de la production totale entre la consommation et l’investissement, il faut pouvoir quantifier le rapport entre les deux. Si nous accroissons l’investissement dans la production de 13 à 15 % de la production totale, quelle sera l’augmentation de biens de consommation dans 5 ans, 10 ans ou 15 ans ?
Heureusement pour nous, les questions de ce type ont été discutées et étudiées en profondeur en Union soviétique dans les années 1920. Cela a donné lieu à une riche littérature économique écrite d’un point de vue marxiste dans le cadre du débat et de la lutte fractionnelle à propos de la mise en place d’une économie collectivisée et centralement planifiée. Un économiste soviétique du nom de G.A. Feldman a développé un modèle théorique pour une planification économique à long terme, c’est-à-dire couvrant une période de 20 à 40 ans. A mon avis, l’œuvre de Feldman « A propos de la théorie des taux de croissance du revenu national » est une contribution extrêmement importante à la compréhension marxiste de l’économie de la période de transition. Vous pouvez en trouver la traduction en anglais dans Foundations of Soviet Strategy for Economic Growth [Les fondements de la stratégie soviétique pour la croissance économique] (1964) édité par Nicolas Spulber.
Feldman a adapté à une économie collectivisée et centralement planifiée un modèle développé par Marx bien avant lui, tout en y apportant certaines modifications et additions importantes. Dans le deuxième livre du Capital, Marx développe un modèle théorique de développement de la production sous le capitalisme. Marx divise l’économie en deux secteurs fondamentaux : les biens de consommation et les biens de production (ou d’équipement). Les biens de consommation et les services à la personne sont ceux qui satisfont directement les besoins et les désirs personnels. Une chemise est un bien de consommation. La machine à coudre pour fabriquer la chemise est un bien de production, de même que le métier à tisser le coton avec lequel on produit le tissu de la chemise. Le pain est un bien de consommation. Le four dans lequel on le cuit et la moissonneuse-batteuse qui sert à récolter le blé ou l’avoine dont le pain est composé sont des biens de production.
Feldman a développé le modèle de Marx pour l’appliquer à un Etat ouvrier en divisant le secteur des biens de production en deux sous-secteurs fondamentaux. Il y a les biens de production qui servent à fabriquer des biens de consommation et il y a les biens de production qui servent à fabriquer d’autres biens de production. Une machine à coudre est un exemple du premier secteur. Les machines-outils comme les tours qui servent à fabriquer des machines, y compris des machines à coudre, appartiennent au second secteur. Beaucoup de biens de production ne sont pas dédiés à une technologie spécifique ; ils peuvent être utilisés pour développer le secteur des biens de consommation ou pour augmenter la capacité du secteur des biens de production. Une aciérie peut servir à fabriquer des automobiles ou du matériel de construction. Une bétonnière ou un engin de terrassement peut servir à construire des immeubles d’habitation ou des usines. Une centrale hydroélectrique peut fournir l’électricité nécessaire au fonctionnement d’appareils ménagers tout comme à celui des chaînes d’assemblage d’une usine.
Ainsi, il y a deux facteurs fondamentaux qui déterminent le taux de croissance de la production totale de biens de production et celui de la production d’articles de consommation. Le premier est la répartition de la production totale entre le secteur des biens de consommation et celui des biens de production. Le second est la répartition au sein du secteur des biens de production entre ceux destinés à produire les biens de consommation et ceux destinés à produire d’autres biens de production.
Prenez deux économies socialistes qui toutes deux augmentent de 25 % la production totale dans le secteur des biens de production. Dans la première, 75 % de cet investissement dans les biens de production est destiné à développer la production du secteur des biens de consommation et, dans la seconde, 50 %. Dans la première économie, la consommation va augmenter plus vite au début du plan économique mais plus lentement par la suite. Dans la seconde, c’est exactement le contraire. En ajustant les proportions, il est possible de développer une série de plans économiques alternatifs, depuis ceux qui développent au maximum la consommation à court terme jusqu’à ceux qui accroissent au maximum les ressources productives (et par conséquent la consommation) à long terme.
L’autorité en charge de la planification soumettrait une série de, disons, six plans alternatifs pour débat et décision à l’organe le plus élevé d’un gouvernement ouvrier, c’est-à-dire l’assemblée centrale des conseils ouvriers. Cela va probablement donner lieu à controverse. Des délégués vont argumenter : « Nos ouvriers et nos pauvres viennent juste d’accomplir une révolution. Ils attendent et exigent une amélioration importante et spectaculaire de leur niveau de vie, pas seulement des promesses d’amélioration importante dans 15 ou 20 ans. Nous voulons le plan A. » D’autres délégués diront : « Voyons plus loin que le bout de notre nez. Notre objectif est de développer la capacité de production et le rendement du travail. Le plan C est le mieux adapté. Bien sûr, au tout début, la consommation va augmenter plus lentement qu’elle ne l’aurait fait autrement, mais nous pensons que c’est le prix que nous voulons payer. »
Une fois que le taux de croissance à long terme de la production totale ainsi que de celle des moyens de production et celle des articles de consommation est établi, il est alors possible d’élaborer un plan économique détaillé pour les différentes périodes à venir – un an, deux ans, cinq ans. Disons qu’un plan est approuvé par l’assemblée centrale des conseils ouvriers. D’après ce plan, dans cinq ans, le revenu par habitant sera équivalent à 60 000 dollars. En s’appuyant sur les habitudes des consommateurs et les enquêtes de consommation, et après avoir consulté les coopératives de consommateurs, on peut prévoir plus ou moins précisément le modèle de base qui correspond à ce niveau de revenu. Par exemple, une estimation de 15 000 dollars pour le logement, 10 000 dollars pour la nourriture, 10 000 dollars pour la voiture et autres moyens de transport, etc.
Il y a un autre élément crucial de la planification économique dans un Etat ouvrier, particulièrement dans les pays les plus développés comme les Etats-Unis, l’Allemagne ou le Japon : il faut investir une partie de la production totale pour approvisionner en ressources essentielles, en argent et savoir-faire technologique les pays sous-développés afin de les aider à élever qualitativement le niveau de leur production pour progresser sur la voie du socialisme.
Pour le marché comme base de calcul et non la concurrence sur la base du marché
Une fois qu’on a établi le schéma de base prévu pour les produits finis, il devient alors possible de déterminer la quantité de matières premières et de produits intermédiaires nécessaires. Combien faut-il d’acier, d’aluminium et autres métaux ? Combien de plastique, de tissu en coton et en synthétique, de ciment, de caoutchouc et ainsi de suite ?
En fait, la technique et les informations pour répondre à ces questions existent déjà. Il y a des modèles théoriques et des études empiriques pour établir la relation entre la production de matières premières et celle de produits intermédiaires qu’il faut pour obtenir un éventail donné de produits finis. Cela s’appelle l’analyse entrées-sorties. Il est remarquable que Wassily Leontiev, celui qui a établi la théorie de l’analyse entrées-sorties et qui a fait les premières recherches dessus, avait été étudiant à l’université de Leningrad au milieu des années 1920. Donc il est clair que s’il a développé l’analyse entrées-sorties, c’était sous l’influence des discussions et des débats enrichissants qui avaient lieu parmi les économistes et autres intellectuels soviétiques sur la façon dont devait fonctionner en pratique une économie collectivisée et centralement planifiée.
Au début des années 1930, Trotsky critiquait énormément l’aventurisme économique destructeur et le dirigisme bureaucratique du régime de Staline. Au milieu d’un article qui s’en prenait à ceux-ci, Trotsky fit une sorte de déclaration de principes généraux : « Seule l’interaction des trois éléments suivants, planification d’Etat, marché et démocratie soviétique, permettra de diriger correctement l’économie de l’époque de transition » (« L’économie soviétique en danger », octobre 1932). Ceci vaut aussi bien pour l’Etat ouvrier américain à venir que pour l’Union soviétique d’alors. En 1932, l’Union soviétique était un Etat ouvrier dégénéré dirigé par une bureaucratie stalinienne parasitaire et conservatrice et l’on peut présumer que ce ne serait pas le cas d’un Etat ouvrier issu d’une révolution prolétarienne aux Etats-Unis.
J’ai principalement abordé jusqu’à présent les aspects de la planification étatique. J’ai introduit la question de la démocratie ouvrière principalement en termes de qui décide en dernier ressort des paramètres fondamentaux de croissance économique. Mais je n’ai pas encore parlé du rôle du marché. C’est une question compliquée. Là où le marché est important et, à certains égards, dominant, c’est lorsqu’il faut décider en quelle proportion il faut produire les différents biens de consommation.
Il existe littéralement des dizaines de milliers de modèles, de styles et de tailles de vêtements. J’en ai fait la douloureuse expérience il y a quelques semaines quand j’ai aidé ma fille à déménager dans un nouvel appartement avec son petit ami. Je vous jure qu’elle a au moins 80 paires de chaussures, toutes de styles différents. Il y a des milliers de modèles différents d’appareils ménagers, d’ustensiles et de meubles. Même dans une économie collectivisée, il y aura des dizaines de sortes et de modèles de voitures. Tout le monde ne voudra pas conduire le même genre de voiture. Et donc cela ne tient pas debout d’imposer un plan détaillé, même à court terme, pour la production des biens de consommation. La production devra être constamment ajustée à la structure changeante de la demande.
Cependant, coordonner rapidement et efficacement l’offre et la demande au sein d’une économie collectivisée n’exige pas une concurrence des entreprises d’Etat les unes avec les autres. Dans des Etats ouvriers à direction stalinienne comme l’ex-Union soviétique ou la Chine aujourd’hui, les termes « socialisme de marché » et « réformes de marché » signifient soumettre les entreprises à la concurrence des unes avec les autres. Les directeurs d’usine ont le pouvoir de décider ce qui va être produit et en quelle quantité et ils reçoivent l’ordre de vendre leurs produits au prix le plus élevé possible sur le marché, que ce soit aux consommateurs ou à d’autres entreprises. L’objectif déclaré est de maximiser la rentabilité de l’entreprise et, d’habitude, le revenu des directeurs et aussi celui des ouvriers sont liés à la rentabilité (ou à l’inverse aux pertes). Nous sommes contre ce système parce qu’il reproduit une bonne partie des inégalités et des aspects irrationnels du système de marché capitaliste.
Pour rendre hommage à ma fille, je vais donner l’exemple de l’industrie de la chaussure fonctionnant dans les conditions du « socialisme de marché » dans un Etat ouvrier bureaucratiquement déformé tel que la Chine. Prenons deux usines de chaussures – nous les appellerons A et B – et toutes les deux produisent des paires de chaussures de ville standard pour hommes (que personne dans cette salle n’a probablement jamais portées ni n’a l’intention de porter). Disons que l’usine A est relativement neuve et donc ses machines sont beaucoup plus avancées sur le plan technologique que celles de l’usine B. Par conséquent, l’usine A peut produire les mêmes paires de chaussures en utilisant 25 % en moins de temps de travail que l’usine B.
Le prix du marché pour une paire de chaussures est égal au coût moyen de production dans toute l’industrie. L’usine A produit en dessous du coût moyen et donc en tire un joli profit. Ses directeurs s’octroient une bonne paye et des primes, et ses ouvriers obtiennent aussi des augmentations de salaire significatives car elle est rentable. De l’autre côté, l’usine B, qui fabrique la même chose, perd continuellement de l’argent parce que ses coûts sont au-dessus de la moyenne du secteur et des prix en cours sur le marché. Si le gouvernement ne se met pas à subventionner cette usine, certains ouvriers seront licenciés ou l’ensemble des ouvriers vont devoir accepter des réductions de salaires et de leurs avantages sociaux, tout comme sous le capitalisme, bien qu’ils n’y soient pour rien.
Nous sommes contre la concurrence des entreprises d’Etat les unes avec les autres. Nous sommes pour utiliser le marché comme base de calcul mais pas pour la concurrence sur la base du marché. Nous sommes pour ce qu’on pourrait appeler un système de marché à direction centralisée dans le domaine des articles de consommation. Comment cela fonctionnerait-il ? Revenons encore à mon exemple de l’industrie de la chaussure. On aurait un organisme central de distribution coordonnant la production de plusieurs usines de chaussures. Il fournirait les chaussures aux commerces de détail et aux coopératives de consommateurs. Vous pouvez même les acheter par Internet.
Disons que, du fait d’une erreur de calcul ou d’une fluctuation de la demande, il y a trop de chaussures de ville et pas assez de chaussures de sport (chaussures de course, de randonnée, de basket, notamment celles qui sont approuvées par Michael Jordan). Donc, que se passe-t-il avec ce système ? Les directeurs de l’organisme de distribution téléphonent à quelques usines et disent : « Bon, réduisez la production de chaussures de ville, augmentez la production de chaussures de sport. Si vous avez besoin de machines spéciales qui vous font défaut, si vos ouvriers ont besoin d’un recyclage professionnel, pas de problème. Nous vous le fournirons. » C’est tout. L’argument fondamental, c’est que la direction reste centralisée mais qu’elle utilise le marché comme base de calcul afin d’ajuster l’offre à la demande dans ce secteur particulier.
Syndicalisme ou gouvernement ouvrier
Quelle est maintenant la différence entre notre programme marxiste et le programme syndicaliste en ce qui concerne l’organisation de l’économie après la révolution ? Avant la Révolution bolchévique de 1917, le syndicalisme révolutionnaire représentait, à gauche, la principale alternative au marxisme. Certains des premiers dirigeants du mouvement communiste qui devinrent par la suite des partisans de l’Opposition de gauche trotskyste ne commencèrent pas comme marxistes mais comme syndicalistes révolutionnaires : James P. Cannon aux Etats-Unis, Alfred Rosmer en France, Andrés Nin en Espagne.
L’essentiel du programme syndicaliste pour la réorganisation postcapitaliste de l’économie, c’est que les ouvriers doivent avoir tout le pouvoir de décision au sein d’entreprises autonomes ou, au moins, dans certains secteurs de l’économie. Aucun pouvoir gouvernemental ne serait placé au-dessus de celui des syndicats industriels. On peut dire que le syndicalisme est une version industrielle ou prolétarienne de l’anarchisme. Un intellectuel anarchiste britannique, George Woodcock, en a donné une description dans les années 1940 :
« Le syndicat, d’un autre côté, repose sur l’organisation des ouvriers par industrie sur le lieu de travail. Les ouvriers de chaque usine, entrepôt ou ferme constituent une unité autonome qui dirige ses propres affaires et qui prend toutes les décisions relatives au travail à faire. Ces unités sont organisées sur une base fédérale en associations industrielles afin de coordonner l’action des ouvriers de chaque industrie. L’organisation fédérale n’exerce aucun pouvoir sur les ouvriers dans aucun secteur industriel et ne peut pas imposer son veto à une mesure comme le fait l’exécutif d’un syndicat. »
– George Woodcock, Railways and Society [Les chemins de fer et la société] (1943), cité dans son Anarchist Reader [Anthologie de l’anarchisme] (1977)
En d’autres termes, le programme anarchiste bakouninien classique d’une fédération de communes autonomes est ici remplacé par une fédération d’entités économiques autonomes, industrielles ou autres.
De nos jours, que ce soit aux Etats-Unis ou ailleurs, nous ne rencontrons à ma connaissance nulle part des tendances syndicalistes importantes et nous ne sommes nulle part en concurrence avec de telles tendances. Donc, pourquoi est-ce que je veux parler du syndicalisme ? J’ai deux raisons. La première, c’est que, s’il y a un regain important de luttes ouvrières aux Etats-Unis, beaucoup de jeunes de gauche radicaux qui se situent actuellement autour du milieu anarchiste deviendront ouvriéristes. Faites-moi confiance là-dessus, j’ai vécu cela. Par conséquent, ils seront partisans d’une sorte de programme syndicaliste, c’est-à-dire un amalgame d’anarchisme et d’ouvriérisme.
L’autre raison, c’est la Chine. Lorsque la situation politique va s’ouvrir en Chine, et cela va arriver, je pense que les idées syndicalistes, et même des tendances syndicalistes, peuvent gagner la sympathie de certains ouvriers chinois. Les ouvriers chinois ont déjà fait l’expérience de fortes doses de capitalisme et, d’après les témoignages qu’on peut en avoir, ils n’aiment pas cela. En même temps, il se peut que beaucoup d’ouvriers chinois identifient le marxisme-léninisme et la planification centralisée au dirigisme bureaucratique, sans parler de la corruption. Et donc, quand il y aura une ouverture, certains ouvriers ainsi que des intellectuels de gauche chinois pourront se dire : « Débarrassons-nous des capitalistes et des bureaucrates du PCC et les ouvriers vont prendre les choses en main et diriger eux-mêmes les usines, les chantiers de construction, les mines de charbon et les chemins de fer. »
Il n’a jamais existé et il n’existera jamais d’économie organisée selon les principes syndicalistes, tout comme il n’a jamais existé et il n’existera jamais de société organisée selon les principes anarchistes. Mais si nous rencontrons un militant de gauche sérieux qui défend un programme syndicaliste, il ne suffit pas de dire qu’un tel programme ne pourra jamais se réaliser. Nous voulons aussi le convaincre que, même si c’était possible, si on l’appliquait en pratique cela irait à l’encontre des intérêts des ouvriers et de la société dans son ensemble.
Le problème avec le syndicalisme ressemble beaucoup à celui qu’il y a avec le « socialisme de marché ». Un programme syndicaliste reproduirait obligatoirement beaucoup des inégalités et des aspects irrationnels du capitalisme. Si les unités économiques sont vraiment indépendantes les unes des autres, elles ne peuvent entrer en interaction que selon les règles du marché déterminées par la modification constante de l’offre et de la demande. Inévitablement, cela signifie que certains ouvriers doivent se retrouver au chômage ou subir des pertes de revenu quand le marché se retourne contre eux.
Au risque de passer pour un fétichiste de la chaussure, laissez-moi reprendre l’industrie de la chaussure. (Vous vous apercevez à quel point porter des cartons de chaussures dans les escaliers pendant 15 jours m’a ramolli le cerveau !) Cette fois-ci, nous allons l’examiner d’après le modèle d’une économie syndicaliste. L’industrie de la chaussure est organisée dans un seul syndicat industriel autonome. Ce dernier tire ses revenus de la vente de chaussures aux particuliers et aux magasins. De son côté, il achète du cuir, du caoutchouc, du plastique et autres matériaux à d’autres syndicats autonomes.
Imaginons qu’il y ait un surplus de cuir. On a produit plus de cuir qu’il n’en faut au syndicat de l’industrie de la chaussure en fonction du volume actuel de sa production et de la demande des consommateurs. Les directeurs du syndicat de la chaussure disent à leurs homologues de l’industrie du cuir : « Nous n’avons besoin que de 80 % de votre cuir, nous n’allons pas en acheter plus car il ne nous en faut pas davantage. » Alors, que va-t-il se passer ? Ces entreprises sont autonomes les unes par rapport aux autres. Certains ouvriers de l’industrie du cuir vont devoir être mis au chômage ou, à défaut, ils vont devoir accepter une réduction de leur salaire et de leurs avantages sociaux car le secteur a des revenus en baisse.
Pour le contrôle de la production par la démocratie ouvrière
Même si ceux qui défendent le syndicalisme pensent qu’ils sont farouchement anticapitalistes, leur programme reproduirait dans les faits beaucoup des inégalités et des aspects irrationnels du capitalisme, malgré toutes les bonnes intentions. Nous sommes contre le programme syndicaliste de l’autogestion ouvrière des entreprises. Mais nous sommes en faveur de la participation démocratique maximale des travailleurs dans les décisions à prendre au niveau de l’usine, du chantier de construction, de l’entrepôt, du supermarché ou de l’aéroport. Le chapitre sur l’Union soviétique du Programme de transition écrit en 1938 déclare : « Les comités d'usine doivent reprendre le droit de contrôle sur la production. » Voilà notre programme non seulement dans le passé mais aussi pour l’avenir.
Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? En quoi est-ce différent du programme syndicaliste d’autogestion ouvrière ? Ce que nous entendons par contrôle ouvrier dans une économie socialisée, c’est que les représentants démocratiquement élus des ouvriers auront officiellement une voix consultative dans toute décision économique concernant l’entreprise ainsi qu’aux niveaux plus élevés. Disons que le Ministère de l’Industrie responsable de l’aéronautique propose de dépenser quelques centaines de millions de dollars pour la rénovation d’une vieille usine en remplaçant ses machines obsolètes par des équipements plus modernes. Les directeurs, les ingénieurs et les techniciens vont se réunir avec le comité d’usine élu et ils vont ensemble mettre au point un plan pour rénover l’entreprise. Ce plan sera présenté au Ministère de l’Industrie. Il ne sera pas simplement imposé d’en haut sans que les ouvriers aient leur mot à dire.
Il y a un autre domaine important où les comités d’usine élus joueraient un rôle important, y compris en remplaçant même une intervention directe de l’encadrement, c’est le maintien de la discipline dans le travail. Comment faire avec un perpétuel tir-au-flanc ou un ouvrier si incompétent qu’il perturbe la production et peut-être même met en danger d’autres ouvriers ? Comment faire avec un ouvrier qui abuse des congés maladie, qui se met en maladie simplement parce qu’il veut se prendre une journée pour aller à la pêche ? Il est bien préférable que ceux qui traitent ce genre de problème soient des représentants directs des ouvriers qui sont politiquement plus conscients et plus responsables socialement.
Au fond, une économie collectivisée et centralement planifiée n’est en rien incompatible avec une participation très complète et active des ouvriers aux niveaux les plus fondamentaux de l’économie, ni avec l’élection des délégués dans les soviets.
Mais, à l’opposé des systèmes d’« autogestion ouvrière », le contrôle ouvrier au sein d’une économie socialiste ne donne pas le pouvoir aux comités d’usine individuels d’avoir le dernier mot concernant l’ampleur ou la composition des investissements, étant donné que des groupes particuliers d’ouvriers ne peuvent prétendre s’arroger sans limite le budget de l’Etat, c’est-à-dire le surplus social collectif. Avant de distribuer sa part à chaque ouvrier, il faut déduire de la production sociale totale les ressources pour le remplacement et l’extension des moyens de production, les dépenses pour les personnes âgées et les handicapés, pour l’éducation et pour la santé, etc. Comme l’a fait remarquer Marx : « Ce qui est enlevé au producteur, en tant qu'individu, il le retrouve directement ou indirectement, en tant que membre de la société. »
Comme le disait Isaac Deutscher dans son discours « De l’Homme Socialiste » (1966) :
« Nous ne soutenons pas que le socialisme puisse résoudre tous les problèmes de la race humaine. Nous luttons tout d’abord contre les problèmes qui sont créés par l’homme et que l’homme peut résoudre. Trotsky parlait ainsi des trois tragédies dont souffrait l’humanité : la faim, le sexe et la mort. La faim est l’adversaire dont le marxisme et le mouvement ouvrier moderne relèvent le défi […]. Oui, le sexe et la mort poursuivront encore l’Homme Socialiste ; mais nous sommes convaincus qu’il sera mieux équipé que nous pour leur faire face. »
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/198/transition.html
submitted by ShaunaDorothy to FranceLeBolchevik [link] [comments]

Les travaillistes ont préparé le terrain aux privatisations des tories - Grande-Bretagne: Il faut mobiliser les syndicats pour défendre la Sécu (Septembre 2013)

https://archive.is/DIe7p
Le Bolchévik nº 205 September 2013
25 mars – La loi sur la Sécurité sociale, qui a pris effet le 1er avril, promet d’être le plus important bouleversement du Service national de santé (NHS) en Angleterre depuis sa création. Pour la première fois depuis 1948, le gouvernement ne sera plus tenu par la loi de fournir des soins médicaux universels. Au lieu de l’« engagement à fournir » ce service social fondamental, le gouvernement s’engage maintenant à le « promouvoir » ; si ce changement dans les termes semble inoffensif, il masque un tournant fondamental vers le secteur privé. Le docteur Jacky Davis, coprésident de l’Association des consultants du NHS, a déclaré après que la loi avait été votée au parlement : « Nous n’avons plus de système national de santé. »
L’une des mesures les plus controversées de la nouvelle législation porte sur les Groupes de prise en charge clinique (CCG), qui contrôleront la part du lion dans le budget du NHS (environ 65 milliards de livres sterling sur 100 milliards pour l’année fiscale en cours). Les CCG décideront, soi-disant sur instruction du médecin traitant, de l’attribution des soins aux patients, y compris en les redirigeant vers des organismes privés et en refusant des soins qui ne correspondraient pas à une « nécessité raisonnable ». Une étude récente du British Medical Journal montre qu’un tiers des médecins traitants responsables de ces groupes de décision gèrent des sociétés médicales privées ou en détiennent des actions. Mais en réalité la plupart des médecins traitants n’ont ni le temps ni les connaissances pour « prescrire » des soins ; cette tâche reviendra donc à des consultants privés comme ceux de la société d’experts-consultants géante McKinsey. Sous prétexte de donner plus de responsabilité aux médecins traitants, les CCG ouvrent en fait la porte au basculement de milliards de livres du NHS vers des entreprises privées.
Le gouvernement prétend que les services du NHS resteront gratuits pour les usagers. Mais, comme le fait remarquer l’économiste politique Colin Leys, « c’est totalement trompeur. Ils oublient d’ajouter une condition essentielle : il faut que le service soit encore disponible au NHS. En réalité certains services, dont la liste s’allonge, ne seront plus disponibles, et donc ne seront plus gratuits » (Red Pepper, avril 2012). En fait ce processus a déjà commencé. La Caisse primaire d’assurance maladie de Croydon [au Sud de Londres] a dressé en 2006 dans un but d’économies une liste de 34 procédures qu’elle n’est plus tenue d’offrir aux patients ; cette liste comprenait les opérations de la cataracte, de la hanche ou du genou. La « liste de Croydon » se répand depuis petit à petit. On dit aux personnes dont la vie n’est pas menacée, mais qui souffrent d’affections douloureuses ou handicapantes, qu’elles doivent prendre en charge leur traitement si elles le peuvent ; sinon, tant pis pour elles. Certains médecins ont un nombre limité de patients qu’ils ont le droit d’envoyer à un spécialiste chaque semaine, quels que soient les besoins des patients. Des prescriptions pour consulter un spécialiste ont été interceptées et refusées par des « guichets de prescription ». La compagnie d’assurance santé américaine UnitedHealth, entre autres, est très connue pour contrôler soigneusement et parfois annuler les décisions des médecins traitants. Et comme de plus en plus de gens sont poussés vers le secteur privé pour se soigner, les revenus du NHS sont ponctionnés d’autant ; le NHS risque de devenir un dépotoir où l’on jette les pauvres et les malades chroniques.
Les travailleurs méritent mieux que cela !
Les fermetures d’hôpitaux se répandent dans tout le pays. Les urgences et maternités ferment ou sont réduites comme à l’hôpital de Lewisham dans le Sud de Londres. Malgré le fait qu’il était solvable, l’hôpital de Lewisham a été visé par un plan de restructuration lorsque la caisse voisine du NHS pour le Sud de Londres a été mise sous tutelle. Cette caisse traînait un remboursement de 60 millions de livres par an, une dette contractée en vertu des partenariats public-privé (PPP – Private Finance Initiatives ou PFI en anglais), qui font que des projets d’aménagement public sont financés par des emprunts privés. Le gouvernement cherche à réduire drastiquement le budget de la Santé de 20 milliards de livres d’ici 2015. Des coupes claires s’annoncent pour les hôpitaux, quand ce n’est pas la fermeture ou le déclassement. L’hôpital de Whittington dans le nord de Londres a annoncé un plan de réduction des dépenses comprenant 570 licenciements et la vente de plusieurs bâtiments à des entrepreneurs privés. Et des consultants d’une ancienne usine automobile du groupe Unipart ont déjà touché 500 000 livres pour trouver des économies.
L’écrivain scientifique Marcus Chown explique dans « Le grand hold-up du NHS » (opendemocracy.net, 31 janvier) : « Le gouvernement est en train de graduellement réduire le NHS à la disette financière. C’est un acte délibéré. Les hôpitaux sont à court d’argent – les remboursements de PPP en sont une cause majeure – et ils deviennent la proie de compagnies privées qui les rachètent. » Le rachat l’an dernier par la société privée Circle Holdings de l’hôpital Hinchingbrooke dans le Cambridgeshire, un hôpital du NHS menacé de fermeture, est considéré comme un prototype. Circle appartient à des sociétés et fonds d’investissement enregistrés aux îles Vierges, à Jersey et aux îles Caïman ; Circle a l’intention de faire 311 millions de livres d’économies et détruit des emplois. Parmi ceux qui cherchent à profiter de la privatisation des hôpitaux, on trouve Richard Branson, le magnat de Virgin, et Harmoni, qui possède déjà des cabinets médicaux dans beaucoup d’endroits.
La privatisation de la santé est si impopulaire que les porte-parole du gouvernement usent de termes comme « choix du patient » et autres expressions lénifiantes et abréviations à n’en plus finir pour tenter de masquer ce qu’ils sont en train de faire. De nombreux détails de la loi sur la Sécurité sociale sont encore en débat. Certaines réglementations destinées à mettre quasiment tous les services du NHS aux enchères ont provoqué un tollé et ont dû être amendées. Mais après chaque recul le gouvernement reprend l’offensive. Pour la bourgeoisie britannique le NHS représente des frais généraux malvenus – sans parler des profits faciles qu’offre la privatisation aux spéculateurs financiers de la City. Dans la mesure où la classe capitaliste s’intéresse à la santé de la population, cela se réduit à pouvoir disposer d’une main-d’œuvre en suffisamment bonne santé pour se faire exploiter et de soldats à envoyer dans les guerres et aventures impérialistes. En période de révolte sociale, les capitalistes peuvent bien sortir leur porte-monnaie pour apaiser la population, mais ils essayeront toujours de récupérer les concessions qu’ils ont faites.
Pour que les immenses richesses créées par le travail du prolétariat servent les besoins de l’humanité, il faut exproprier la bourgeoisie par des révolutions ouvrières et l’établissement d’un Etat ouvrier. Il faudra construire une économie collectivisée et planifiée, non seulement pour garantir les soins médicaux mais aussi tous les autres besoins fondamentaux de la vie, comme une alimentation équilibrée, un logement décent, des loisirs et le plein emploi. Pour y parvenir, il faut commencer par se battre pour défendre ce qu’on a déjà, aussi médiocre que ce soit – et le NHS est devenu un enjeu contesté. La solution n’est pas de faire pression sur le parlement ou de remettre les travaillistes au pouvoir aux prochaines élections. Les travailleurs de la santé, qui paient le plus lourd tribut aux réductions budgétaires, ont la puissance et l’intérêt pour jeter une vraie force sociale dans cette bataille. Leur lutte bénéficierait d’un énorme soutien et serait plus efficace qu’un million de pétitions. Mais elle est paralysée par les directions syndicales qui ont pour objectif politique de mettre le Parti travailliste au gouvernement. Ces dirigeants traîtres acceptent l’idée que les travailleurs doivent aider à payer la crise capitaliste, mais ils imaginent qu’ils pourraient négocier de meilleures conditions avec les travaillistes d’Ed Miliband.
La privatisation du NHS par les travaillistes
Andy Burnham, le ministre travailliste de la Santé dans le cabinet fantôme [dans l’opposition] a déclaré que le gouvernement essayait de « faire passer en force la privatisation du NHS par la petite porte » ; le ministre tory [conservateur] de la Santé l’a alors accusé de provoquer la peur. Mais si les travaillistes ont promis d’abroger la loi sur la Sécurité sociale, ouvrir le NHS à d’énormes intérêts privés était la politique du Parti travailliste bien avant l’arrivée du gouvernement conservateulibéral-démocrate. Comme l’écrivent Colin Leys et Stewart Player, « la réalité, c’est que les ministres de la Santé du Parti travailliste qui se sont succédé collaboraient étroitement avec le secteur privé et qu’ils avaient déjà presque entièrement édifié un marché de la santé. Le plan des tories ne fait qu’en accélérer l’étape finale et le rendre plus visible » (Red Pepper, octobre 2010). Leys conclut pourtant : « A moins qu’Ed Miliband et Andy Burnham ne reviennent au gouvernement et n’honorent leur promesse d’abroger la loi sur la Sécurité sociale, nous devons nous préparer à voir passer de plus en plus de services de santé, y compris les soins hospitaliers, aux mains d’entreprises pour le profit ; et cela ira inévitablement de pair avec une augmentation des coûts et une baisse de la qualité » (Guardian, 16 janvier). Quelles illusions persistantes envers les travaillistes ! Tout ce que montre Leys prouve que si les travaillistes gagnent les prochaines élections, ils poursuivront essentiellement la même politique de privatisation que les tories… sous un nom différent.
La politique consistant à délibérément créer un « marché interne » au NHS, élaborée dans les années 1980 sous Thatcher, a vu le jour sous le gouvernement Blair. Sous Blair et Brown, les caisses du NHS ont été graduellement transformées en « fondations » qui empruntent sur les marchés financiers, forment des entreprises communes avec des sociétés privées et établissent leurs propres règles d’embauche. Si une fondation perd de l’argent, elle est fermée ou reprise. La caisse de l’hôpital NHS du Mid Staffordshire a sabré 10 millions de livres dans son budget en 2006-2007 pour acquérir le statut de fondation. C’est comme une histoire d’horreur sur un hospice pour les pauvres de l’époque victorienne : entre 400 et 1 200 personnes sont décédées pour rien à l’hôpital de Stafford entre 2005 et mars 2009 ; beaucoup d’entre elles s’étaient vu refuser des médicaments contre la douleur ; certaines n’avaient pas été lavées pendant un mois. L’alimentation des malades était laissée aux bons soins des membres de la famille, mais beaucoup avaient faim. Les travaillistes au pouvoir ont rejeté les demandes persistantes des familles à ce qu’il y ait une enquête. Le gouvernement conservateur-libéral en a mené une, et il en tire maintenant parti avec cynisme pour populariser son projet pour le NHS.
Le Parti travailliste a supervisé la création de « Centres de traitement indépendants » (des institutions privées) pour pratiquer la chirurgie facultative peu risquée. Si ceux-ci ont réduit le temps d’attente pour des opérations qui vous changent la vie, comme la prothèse de hanche (une opération dont le NHS était en fait pionnier), ils ont aussi garanti un revenu minimum pour des entreprises privées. Des millions de livres ont été payées par le NHS pour des opérations qui n’ont jamais été pratiquées. Le gouvernement Blair a aussi créé le « Réseau de choix étendu » qui permet aux centres privés de traiter les patients du NHS pour une somme rondelette. Dans ces deux cas, des institutions privées étaient libres de choisir les patients qui leur rapporteraient le plus ; les hôpitaux du NHS, eux, étaient aux prises avec les dettes, les réductions de personnel et les fermetures de services, et ils se voyaient menacés de fermeture s’ils ne prouvaient pas leur « viabilité » financière.
Les travaillistes au gouvernement sont également responsables de l’augmentation phénoménale des PPP dans tout le secteur public. Les PPP permettent au gouvernement d’emprunter des sommes massives tout en gardant ces dettes en dehors de leur bilan financier. Les PPP sont apparus sous les tories en 1992, mais ils sont devenus sous les travaillistes la seule manière de financer la construction de nouveaux hôpitaux et de nouvelles écoles. Les PPP transforment les fonds publics en vache à lait pour les géants de la construction comme Balfour Beatty de même que pour les prêteurs internationaux. Décrits parfois comme « un hôpital pour le prix de deux », les PPP ne sont même pas cela : il s’agit de payer des sommes exorbitantes pour des équipements qui peuvent bien ne jamais revenir au secteur public. Aujourd’hui le NHS doit 65 milliards de livres empruntées dans le cadre de PPP ; les remboursements d’emprunts et d’intérêts augmentent de 18 % par an et peuvent représenter plus de 10 % des revenus annuels d’une caisse d’hôpital. On peut dire merci aux travaillistes.
Ce qu’il faut, c’est une nouvelle direction de la classe ouvrière qui soit déterminée à renverser l’ordre capitaliste. Pour stopper les privatisations, une direction lutte de classe mobiliserait les syndicats des travailleurs de la santé sur une série de revendications immédiates, comme la restitution au secteur public des hôpitaux et autres institutions médicales privatisés, et l’annulation de la dette due aux PPP. McKinsey, Circle, Harmoni, les entreprises diverses de Richard Branson et autres vautours de la City de Londres doivent être expulsés de tous les secteurs du NHS qui leur ont été cédés ! Un parti ouvrier révolutionnaire se battrait pour l’expropriation des entreprises de santé privées et des compagnies d’assurances et laboratoires pharmaceutiques ; il exigerait des soins médicaux gratuits et de qualité pour tous, dans le cadre d’une lutte pour la révolution socialiste.
Les bureaucrates syndicaux : entre douches froides et baratin
Les hôpitaux ferment. Les travailleurs de la santé sont licenciés. Des infirmières se tuent au travail dans des services en sous-effectif et ensuite le gouvernement les calomnie en disant qu’elles « n’ont pas prodigué de soins attentionnés de qualité ». C’est on ne peut plus clair : il faut se battre. Malgré ses défauts, le NHS est l’un des acquis les plus significatifs que les travailleurs aient obtenus du capitalisme britannique, et ils veulent le défendre jusqu’au bout. Il y a de grandes manifestations pleines de colère contre les fermetures d’hôpitaux dans le pays. Mais elles sont canalisées vers une voie sans issue pour faire pression sur le parlement : des politiciens de toutes tendances font des discours électoraux, et des conseillers municipaux, célébrités et militants de People Before Profit [nos vies valent mieux que leurs profits] du Socialist Workers Party se donnent pour but final d’élire un gouvernement travailliste.
Les travailleurs hospitaliers protestent en tant qu’individus mais leurs bureaucrates syndicaux font comme s’ils étaient de simples « citoyens » et non la force sociale qui pourrait changer la situation. L’Unison, le plus grand syndicat dans le NHS avec ses 400 000 travailleurs de la santé, proclame sur son site web : « L’UNISON a mené la campagne contre la loi sur la Sécurité sociale et nous ne cesserons jamais de nous battre pour défendre et améliorer notre NHS. » Comment les dirigeants proposent-ils de le faire ? « Les membres de l’UNISON ont la possibilité très directe d’envoyer leur message aux politiciens : par la pression politique. » Les dirigeants de l’autre grand syndicat des services de santé, l’Unite, appellent les membres du syndicat à envoyer des e-mails à Cameron et à leurs élus locaux.
Quand des grèves éclatent, comme récemment dans l’ouest du Yorkshire, elles se retrouvent isolées. 500 secrétaires médicales et réceptionnistes d’hôpitaux ont fait grève à plusieurs reprises contre la Fondation hospitalière du Mid Yorkshire qui tentait de les licencier pour les réembaucher à un salaire moindre. Les soutiens ont afflué de la part de patients et de travailleurs et syndicats hospitaliers de tout le pays, qui comprenaient avec raison que ces grévistes étaient en première ligne pour défendre le système de santé public. La direction de l’Unison a laissé entendre qu’elle organiserait un vote dans toute la section syndicale alors que les secrétaires retournaient au travail début février. Deux mois plus tard elle se dérobe toujours. Paul Holmes, membre du conseil exécutif national de l’Unison, disait lors d’un rassemblement de grévistes en février : « C’est le conflit le plus important dans la santé et toutes les caisses de santé vous regardent. Si vous perdez, elles vont elles aussi réduire les salaires. » Il avait raison, mais lui et les autres bureaucrates syndicaux ont-ils jamais appelé leurs autres adhérents à la grève ?
Les directions syndicales du secteur public limitent les grèves à des « journées d’action » deux ou trois fois par an, pour faire baisser la pression ; pendant ce temps les salaires et les acquis syndicaux s’érodent. Et c’est le cas tout autant pour les responsables syndicaux « de gauche », comme Mark Serwotka du syndicat Services publics et commerciaux (PCS), que pour ceux de droite. Il y a eu beaucoup d’occasions pour lancer la bataille, notamment la grève du 30 novembre 2011 contre les attaques envers les retraites du secteur public. Mais dès que la grande manifestation avait pris fin, Brendan Barber, qui était alors le secrétaire général du TUC [confédération des syndicats], et Dave Prentis, le dirigeant de l’Unison, ont annulé toute nouvelle action. Des militants de l’Unite dans le NHS (et le conseil municipal), reflétant la colère à la base, ont rejeté l’offre du gouvernement, tout comme l’a fait le PCS, principal syndicat du public. Ce dernier a appelé ses 270 000 membres à une grève de protestation de 24 heures dans le secteur public le 20 mars, le jour de la présentation du budget. Au lieu de se plaindre du refus de gens comme Prentis d’organiser des grèves unitaires, une direction lutte de classe passerait outre et appellerait la base des autres syndicats du secteur public à faire grève ensemble.
Len McCluskey, le secrétaire général de l’Unite, connu pour ses postures « de gauche », a présenté une motion à l’automne 2012 appelant le TUC à « continuer à mener la lutte depuis les avant-postes » avec des « campagnes de grande envergure, y compris en envisageant une grève générale » contre l’austérité et en étudiant la faisabilité d’une telle grève. Une chose en dit long sur la bureaucratie syndicale : cette motion a été présentée dans le TUC par l’Association des gardiens de prison. Ces brutes n’ont pas leur place dans le mouvement ouvrier ! Pourtant ils sont volontiers accueillis comme des « travailleurs en uniforme » par le Socialist Party et les dirigeants syndicaux traîtres, y compris dans le PCS qui syndique les flics chargés de l’immigration. C’est un scandale.
Lors de l’énorme manifestation du TUC du 20 octobre 2012 (un samedi), de nombreux travailleurs ont applaudi ceux qui, comme McCluskey, déblatéraient sur la grève générale depuis la tribune. Une lutte de classe commune de tous les grands syndicats est absolument nécessaire ; mais elle n’est pas dans l’intention des directions syndicales. Près de six mois plus tard, comme on pouvait s’y attendre, la motion est toujours lettre morte. Le Socialist Party, qui se trouve dans la direction du PCS, a toujours au bout de six mois le même espoir béat que le TUC « fixe le jour » d’une grève générale de 24 heures. La perspective de ces soi-disant socialistes, c’est de soutenir par la bande le Parti travailliste : « Une grève de 24 heures ainsi que les actions prévues ensuite pourraient faire éclater la coalition gouvernementale et mener à des élections générales » (Socialist, 21 novembre 2012). « Chassons les tories ! » – c’est de même la seule perspective qu’offre la bureaucratie de l’Unite. Sous le titre « Le NHS est à nous – sauvons-le ! », le site web de l’Unite dit : « Dans deux ans le pays retourne aux urnes. Faites ce qu’il faut pour que le parti qui peut sauver le NHS soit celui qui gagnera. »
L’« esprit de 1945 » du travaillisme à l’ancienne
Chacun sait que, lors de sa fondation en 1948, le NHS avait promis des soins médicaux universels et gratuits pour tous. Avec le service public de santé et le système national de protection sociale, les gens allaient être pris en charge « du berceau jusqu’à la tombe ». Le nouveau film de Ken Loach l’Esprit de 45 décrit avec force l’impact qu’a eu le NHS sur la vie des travailleurs. Certains se souviennent des horreurs de la vie avant la création du NHS : des familles incapables de payer la visite du docteur pour un enfant malade, le décès évitable d’une mère suite à une infection pendant l’accouchement, la visite de l’huissier venant le vendredi exiger l’argent des honoraires médicaux. Loach fait l’éloge du gouvernement travailliste de Clement Attlee, qui accéda au pouvoir grâce à un raz de marée électoral en 1945 et qui introduisit ensuite le NHS.
Le capitalisme britannique est sorti de la Deuxième Guerre mondiale avec un empire en pleine désintégration et une bonne partie de son économie en faillite. Une vague de combativité ouvrière déferlait sur l’Europe. Malgré ses déformations sous la botte de la bureaucratie stalinienne parasitaire, l’Union soviétique (et par extension les partis communistes de masse du monde capitaliste) avait une autorité énorme car elle avait payé le plus lourd tribut à la lutte pour vaincre les armées nazies. En quelques années le capitalisme fut renversé dans la plupart des pays d’Europe de l’Est qui restaient sous le contrôle de l’armée soviétique. Les gouvernements d’Europe de l’Ouest commencèrent à développer les programmes sociaux à la fois pour apaiser la lutte de classe et pour contrer l’influence de l’Union soviétique. Le député tory Quintin Hogg déclarait en 1943 : « Si vous ne donnez pas la réforme sociale au peuple, il vous donnera la révolution. » Dans ce contexte la classe capitaliste britannique accepta, de mauvaise grâce, la création du NHS, dont le projet avait été élaboré pendant la guerre par William Beveridge, un économiste du Parti libéral.
Le Parti travailliste, une fois au gouvernement, resta dévoué à administrer le capitalisme britannique. Les nationalisations d’après-guerre équivalaient à un gigantesque plan de sauvetage de la bourgeoisie. Le film de Loach ne le montre pas, mais le gouvernement Attlee envoya l’armée contre les dockers en grève en 1945, comme l’aurait fait tout autre gouvernement capitaliste. Au service de l’impérialisme britannique, il contribua aussi à fonder l’OTAN, envoya des troupes contre les Etats ouvriers déformés nord-coréen et chinois, mena une sale guerre coloniale en Malaisie et organisa la partition de l’Inde qui fut sanglante. Les attaques contre les acquis du NHS commencèrent en 1952 : alors des frais furent introduits pour les prescriptions médicales et les lunettes afin de contribuer au financement de la guerre de Corée.
Même à son apogée, le NHS ne fournissait pas des soins correspondant aux besoins de la population. Dans les années 1950, le scientifique marxiste John Desmond Bernal résumait ainsi ses défauts :
« C’est encore un service de santé plus sur le papier qu’en réalité. La défense des intérêts nationaux a fait que la Grande-Bretagne a construit peu de nouveaux hôpitaux et de centres de santé depuis la fin de la guerre. En grande partie le Service national de santé dépend toujours des vieux cabinets médicaux, où des médecins submergés de travail donnent à la chaîne des médicaments inefficaces aux patients, et leur donnent des conseils qu’ils ne peuvent suivre. »
– Science in History, volume III (1954)
L’un des aspects les plus grotesques du capitalisme, c’est que la vie elle-même (l’espérance de vie en bonne santé) dépend inévitablement pour une bonne part de la classe sociale à laquelle on appartient. Dans les parties les plus pauvres du Merseyside, où l’espérance de vie masculine est de 67 ans, les hommes sont généralement frappés d’un handicap ou un autre à l’âge de 44 ans ; dans les quartiers plus riches de l’Ouest de Londres, ces chiffres sont respectivement de 89 et 74 ans. Un résident de Kensington ou Chelsea peut espérer vivre plus de 14 ans de plus qu’un habitant de Glasgow. Rien que dans la capitale – la ville la plus inégalitaire du monde développé, d’après le livre de Danny Dorling Injustice : Why Social Inequality Persists – on dit qu’à chaque arrêt de la ligne de métro Jubilee vers l’est de Londres l’espérance de vie diminue d’une année.
Le capitalisme est mauvais pour la santé !
Dans les années 1990, après la contre-révolution en Union soviétique et en Europe de l’Est, les bourgeoisies d’Europe de l’Ouest se sont mises à démanteler ce qui restait de l’Etat-providence institué après la Deuxième Guerre mondiale. Ces attaques redoublent aujourd’hui car les capitalistes doivent se faire concurrence dans un marché mondial en crise profonde. Même si nous marxistes ne partageons pas les illusions social-démocrates dans les projets de nationalisations, nous soutenons fermement les luttes défensives des travailleurs contre les privatisations ; celles-ci dans les faits ne sont rien d’autre que de brutales attaques antisyndicales contre l’emploi et le niveau de vie des travailleurs.
Pour de nombreux ouvriers en Grande-Bretagne, on atteint le point de rupture. Le niveau de vie baisse pour la cinquième année consécutive. Le gouffre entre riches et pauvres s’élargit. Près d’un demi-million de personnes sont au chômage depuis un an ou plus et ceux qui ont « la chance » de travailler sont censés accepter le gel ou la baisse de leur salaire, l’augmentation du coût des retraites et le surmenage. Les conditions de travail et les salaires des travailleurs de la santé, fixés au niveau national, sont remplacés par des accords locaux et des « salaires au rendement ». Les emplois sont décimés dans la production industrielle et le commerce de détail, les ouvriers jetés à la rue. Et l’absence relative de toute riposte sérieuse des syndicats contre les attaques de ce gouvernement (et du gouvernement travailliste avant lui) encourage la bourgeoisie à exiger encore et toujours plus d’austérité.
La défaite de la grève des mineurs en 1984-1985 était un moment charnière qui a fait pencher la balance contre la classe ouvrière. Thatcher a provoqué la grève en se mettant à fermer toute l’industrie charbonnière ; son objectif était de détruire le Syndicat national des mineurs (NUM), qui était depuis des dizaines d’années un bastion combatif du prolétariat britannique. Le TUC était ouvertement hostile à la grève, et la direction du Parti travailliste, avec Neil Kinnock à sa tête, a condamné le NUM qui affrontait de plein fouet toutes les forces de l’Etat capitaliste. Quant à la « gauche » du TUC, elle s’est livrée à beaucoup de baratin et même à son propre sabotage en coulisse. Si les syndicats des cheminots et des dockers avaient suivi la grève des mineurs, ils auraient paralysé le pays et obtenu une victoire historique pour la classe ouvrière. Mais les « dirigeants » de ces syndicats n’étaient pas prêts à se mesurer au gouvernement. Leur perspective se limitait à remplacer les tories par les travaillistes, et le Parti travailliste était déterminé à briser la grève. Les mineurs ont tenu bon pendant douze mois, mais ils étaient isolés et ils ont perdu. Arthur Scargill a mené la grève des mineurs aussi loin qu’elle pouvait aller dans le cadre de la combativité syndicale, mais il n’a jamais rompu avec la perspective politique du travaillisme.
La leçon que les dirigeants syndicaux traîtres tirent de cette défaite (à savoir qu’il n’est pas possible de se battre) ne fait que souligner le besoin de forger une nouvelle direction syndicale : non pas des laquais travaillistes qui se prosternent devant le parlement, mais des dirigeants ouvriers qui misent sur la puissance sociale de leur propre classe et qui soient déterminés à obtenir ce dont les travailleurs ont besoin, et non ce que les patrons estiment possible. Le NHS dépend fortement des travailleurs intérimaires. Les syndicats doivent exiger qu’ils bénéficient de l’intégralité du salaire et des conditions de travail contractuels, et ils doivent syndiquer les non-syndiqués. Particulièrement dans le NHS, où les immigrés constituent depuis sa création une composante clé de la classe ouvrière, il est nécessaire que les syndicats se battent pour défendre les droits des immigrés, notamment l’accès gratuit aux soins médicaux. Il faut aussi répondre aux besoins des nombreuses femmes travailleuses en exigeant des salaires égaux, la prise en charge des enfants et la protection contre les discriminations.
Des demandes d’explication concernant des PPP, faites au nom de la loi sur la liberté de l’information, ont été rejetées sous prétexte du secret commercial ; on dissimule ainsi un ensemble complexe de procédés malhonnêtes payés avec l’argent des travailleurs britanniques. Nous exigeons que soient ouverts les livres de compte de ces opérations d’arrière-boutique entre entrepreneurs et spéculateurs financiers et leurs hommes de main au gouvernement. Le dirigeant révolutionnaire Léon Trotsky insistait que la classe ouvrière a le droit de « déterminer la véritable part du capitaliste individuel et de l’ensemble des exploiteurs dans le revenu national ; [de] dévoiler les combinaisons de coulisses et les escroqueries des banques et des trusts ; [de] révéler enfin, devant toute la société, le gaspillage effroyable de travail humain qui est le résultat de l’anarchie capitaliste et de la pure chasse au profit » (Programme de transition, 1938).
Quel que soit le parti au gouvernement, le capitalisme consiste à écraser les travailleurs et à gonfler les profits. Contrairement aux rêves réformistes, ce qu’il faut ce n’est pas revenir au bon vieux temps du travaillisme à l’ancienne, mais briser l’ordre capitaliste pourrissant qui pousse les travailleurs à l’abîme et le remplacer par un gouvernement ouvrier qui se donne pour but de construire une société socialiste. Pour cela il faut aux travailleurs un parti révolutionnaire, et pas des réformistes insipides comme le Socialist Party ou le Socialist Workers Party, qui sont à la traîne de la bureaucratie syndicale et se contentent de marchander sur la quantité d’austérité que la classe ouvrière doit accepter. Nos camarades de la Spartacist League/U.S. écrivaient :
« La santé, c’est bien plus que des piqûres, des pilules et des bistouris : c’est un logement convenable, de la bonne nourriture en abondance, la connaissance de la biologie humaine, de l’air non pollué, des conditions de travail sûres et convenables, l’application rigoureuse des principes de santé publique. La médecine ne peut pas sauver des vies ravagées par la pauvreté et la malnutrition. […] « Quand nous aurons mis à bas le système capitaliste qui vend des vies humaines contre des dollars, nous pourrons établir une nouvelle société socialiste où la vie humaine, la personne et la dignité humaines compteront. Les médecins seront au service du peuple et les hôpitaux seront des refuges où l’on soignera les malades ; la recherche sur les vaccins, les techniques médicales nouvelles et les médicaments sera coordonnée internationalement pour le bien de tous. Quand les travailleurs du monde seront aux commandes, les seules limites de la santé humaine seront scientifiques, et celles-ci seront constamment repoussées par une recherche réfléchie et énergique. »
– Women and Revolution n° 39, été 1991
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/205/nhs.html
submitted by ShaunaDorothy to FranceLeBolchevik [link] [comments]

Le Coronavirus Profite au E-Commerce ! La Résilience des Web-Entreprises Comment créer un business qui rapporte gros [Innovations] Quel sera le futur de la voiture ? Hermann Rausch - YouTube Présentation de SAIRUI

Les conseillers en francisation qui travaillent à l’Office québécois de la langue française accompagnent les entreprises dans leur démarche de francisation. Ils les conseillent ainsi dans l’élaboration de politiques et de programmes de francisation qui respectent les dispositions de la Charte de la langue française. En poursuivant votre visite sur notre plateforme, vous acceptez l'utilisation de Cookies. Si vous souhaitez en savoir davantage sur les cookies et la manière dont vous pouvez les gérer, veuillez consulter notre politique relative aux cookies . Nous pouvons en effet nous appuyer sur un peu plus de 400 consultants chevronnés qui travaillent chez Ctac à titre permanent. Par ailleurs, nous nous sommes constitués un vaste réseau de partenaires indépendants très qualifiés sur le marché de SAP et Microsoft au cours de ces dernières années. COSMA EXPERTS : Une marque commune pour des prestations en BtoB Notre réseau est constitué de consultants indépendants qui travaillent ensemble sous une marque commune COSMA EXPERTS. Des interventions à forte valeur ajoutée. Notre métier consiste à fournir aux entreprises du conseil et des prestations pour l’optimisation de leur compte de résultat, en travaillant essentiellement sur ... La crise qui a touché de plein fouet l’industrie automobile il y a un peu plus de dix ans semble aujourd’hui bien loin. Tirées par la consommation des pays émergents – la Chine en tête – les ventes automobiles mondiales ont en effet connu une croissance de +40% entre 2009 et 2015, approchant même en 2017 le seuil jamais atteint des 95 millions de véhicules vendus.

[index] [4701] [3716] [7036] [3034] [2374] [2530] [3619] [1890] [2427] [5096]

Le Coronavirus Profite au E-Commerce ! La Résilience des Web-Entreprises

4-LES ÉCOLES DE COMMERCE NE VOUS APPRENNENT PAS À DEVENIR ENTREPRENEUR ... 9-FORMEZ DES PERSONNES QUI TRAVAILLENT POUR VOUS ... 17 sources de revenus passifs en 365 jours https://formation ... Tout simplement la voiture autonome en 2020 ! Ceux qui travaillent sur notre mobilité de demain nous présentent les innovations les plus marquantes. Pour en savoir plus : Réalisé par Laurent Segal Commandité par Continent – Groupe Promodès 18 minutes – 1997 Nathalie, Loïc, Jacky et les autres travaillent chez CONTINENT, l’ense... Aujourd’hui nous avons rencontré Sueb, apprenti en bac pro commerce au CFA Stephenson de Paris, qui fait partie des lauréats du concours #DémarreTaStory. Abonnez-vous pour ne rien rater https ... De quoi s'agit-il concrètement? SAIRUI Mall Internationale est une entreprise physique de e.commerce basée à Hong Kong qui paie ses clients tous les 10 jours sans parrainage ni vente! En quoi ...

https://binary-option-trade-arabic-trade-brocker.ethereummining.website